Pour un monde meilleur·Santé et bien-être

Je sauve des vies quatre fois par an

Un titre un peu pompeux, mais qui n’est pas dénué de vérité. Du moins je l’espère. J’espère que les sept poches de sang que j’ai déjà donné, et celle d’aujourd’hui, ont été utiles, très utiles, à la survie de quelques personnes. Je ne le saurais bien sûr jamais. Mais cet espoir de sauver des vies en donnant un peu de moi, en ne passant qu’une petite heure tous les trois mois dans une salle pas toujours bien chauffée, me donne envie de continuer, et me fais me dire que j’ai bien fait de, finalement, sauter le pas…

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Je vais bientôt avoir 30 ans. Durant les vingt-sept années que j’ai passé en France, je n’ai jamais donné une seule fois mon sang. Ce n’est pas que je ne voulais pas faire ce geste citoyen, ni même que j’avais peur de la piqûre – d’autant qu’avec les prises de sang régulières que j’avais depuis gamine, j’étais rodée -, c’était seulement à cause d’une peur, un peu bête maintenant que j’y pense. Un peu égoïste aussi, peut être.

Quand je suis entrée dans l’âge adulte, je n’y ai d’abord pas du tout pensé. Quand on n’a pas encore 20 ans, on pense plus à faire la fête qu’à donner son sang. Je buvais – pas toujours raisonnablement -, je fumais du cannabis et d’autres petites choses pas très légales – mais ça, toujours avec modération, par contre – et dans ma tête la question ne se posait pas : je ne pouvais pas donner, alors à quoi bon y réfléchir.

Et puis mes parents, amis avec l’Amicale des Donneurs de Sang de notre commune, se sont joints à eux et se sont mis à faire ce petit geste de plus en plus souvent (enfin, autant qu’ils le pouvaient du moins). Mon père est même passé dans le journal communal il y a quelques années. L’idée a alors commencé à creuser son trou dans mon esprit.

Pas de bol, pour mes 22 ans j’ai eu droit au diagnostic d’une maladie neurologique. Et comme j’avais lu quelque part que quand on prenait certains médicaments pour ce genre de maladies, on ne pouvait pas donner. Je n’ai même pas chercher à savoir si mon traitement était dans la liste : j’ai eu peur qu’on me refuse ce droit, alors j’ai préféré me cacher. Quand on me demandait si je donnais mon sang, je disais, toute croyante de ce que j’avançais, que non, je ne pouvais pas, à cause de mes saletés de médocs, et que ça me saoulait. Tu parles, Charles ! Quelque part j’étais, je l’avoue, bien contente. Une corvée en moins. A l’époque, pour moi, c’était une corvée.

 

Je ne sais pas ce qui a changé, si c’est la compagnie du Chéri ou autre chose, mais j’ai revu mon jugement quand je suis arrivée en Belgique. Parce qu’on y est allé à deux, j’ai eu moins peur d’un verdict négatif. Moins peur qu’on me trouve des anomalies. Comme si toutes les prises de sang que j’avais faites avaient pu passer à côté d’un gros truc…

Au final, mon sang est non seulement bon pour les transfusions, mais étant O+ je suis très demandée (moins que le Chéri, qui lui est O- !).

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Cet après-midi, donc, on y est allée pour la huitième fois en couple. On est devenu des habitués, on discute avec les médecins et une des bénévoles qui est toujours là pour servir les boissons. C’est devenu naturel, un rendez-vous banal dans notre agenda.

C’est toujours pareil. On arrive, on est accueillis avec des grands sourires. On nous tend un questionnaire à remplir. Où est-on né ? Est-on sorti du pays depuis le dernier don ? Si oui, où est-on allé, ne serait-ce qu’un jour ? A-t-on certaines maladies, prend-on des médicaments ? A-t-on un comportement à risque ? (notons la petite clause « anti-homo » qui me fait grincer des dents à chaque fois : si on est un homme, a-t-on eu une relation avec un autre homme dans les trois derniers mois ? Mais bon, ce n’est hélas pas nouveau ni unique, et pourtant, certains pays qu’on pourrait penser plus strictes autorisent les homosexuels à donner leur sang)…

Puis passage obligé devant le médecin qui donnera ou non son aval. Reprise de certaines questions pour être sûr – le docteur m’aime bien, je note toujours les noms de mes médocs et quand je les ai pris, ça la fait toujours sourire – et petites questions de routine (poids, veut-on un certificat, a-t-on déjà été transfusé, a-t-on fait des radios avec produit de contraste, a-t-on été enceinte, même sans aller au terme, …). Elle en profite pour me dire que les analyses du précédent don étaient bonnes. Prise de tension, elle remplit et signe un papier et zou, c’est parti.

Petite gymnastique pour moi à cause de ma taille (c’est là que je me rends compte que 1m65, c’est petit ^^) pour me hisser sur le brancard. On s’assure de mon identité en me demandant mon nom et ma date de naissance. On me demande où on doit piquer (gauche ou droite, cette fois, c’était à droite), on pique, et c’est lancé. Comme je suis petite, pour moi c’est une petite poche, du coup ça va assez vite (sans compter que j’ai un sang assez fluide, contrairement au Chéri qui doit parfois pomper). C’est un peu chiant d’attendre, surtout que la position du bras piqué n’est pas du tout agréable, mais ça passe relativement vite. La machine sonne, on me retire l’aiguille, mais je dois patienter, toujours allongée, avant qu’on me fasse le « pansement » (une longue bande de gaze enroulée autour du bras et maintenant un gros bout de coton ^^). Nouvelle gymnastique pour me glisser hors du brancard sans me vautrer (rigolez-pas, ça a déjà failli m’arriver). Et c’est l’heure du goûter bien mérité. Pour une fois je me contente d’un jus d’orange, les gâteaux ne me faisaient pas envie… Et comme toujours, on a droit à un petit cadeau. Depuis le début, on a tous les deux eu trois stylos, un porte clé, et un calendrier… On se demandait ce qu’ils allaient encore trouver comme cadeau nul… On a été plus que surpris : cette fois, c’est un jeu de carte type Uno sur le thème du don de sang ! Nous qui voulions en acheter un, on en a deux gratuits ^^.

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On récupère l’affiche pour le prochain don, pour la coller à notre porte d’entrée, et zou, on rentre. On n’est parti qu’une bonne heure. Mais c’est une heure bien utilisée !

 

Bon, je vous raconte un peu ma vie, mais c’est un peu pour convaincre ceux qui hésitent à franchir la porte de la Croix-Rouge. On prend soin de vous là-bas, et on vous remercie toujours chaleureusement quand vous partez. Parce que ce qu’on fait, ce n’est pas juste donner quelques poches de sang de temps en temps. Ce qu’on fait c’est permettre aux hôpitaux d’avoir assez de sang dans le cas où un patient en aurait besoin pour ne pas mourir.

Alors oui, il y a des règles très strictes pour garantir un sang sain et de qualité. Ainsi que pour garantir la santé du donneur, c’est pour cela, par exemple, que des personnes avec un poids trop faible ne peuvent pas donner leur sang.

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C’est pour la Belgique, mais les règles sont à peu près les mêmes partout

Mais si vous le pouvez, s’il vous plaît, faites ce geste ! Vous pouvez le faire tous les deux mois en Belgique (mais pas plus de quatre fois par an, pour ça que les collectes ont lieu tous les trois mois)(en France c’est aussi tous les deux mois, avec 6 dons maximum par an pour les hommes, et 4 pour les femmes), et ce même si vous travaillez, car votre employeur ne peut pas vous empêcher de vous y rendre (et on vous donnera toujours un certificat si vous le demandez). Dites-vous que ça pourrait sauver un de vos proches, un ami ou un membre de votre famille. Dites-vous qu’un jour vous pourriez avoir besoin de sang, et ce jour-là vous serez bien contents que quelqu’un ait fait ce geste pour vous.

Renseignez-vous dans votre commune, il y a des collectes organisées un peu partout, et à chaque fois ça revient tous les trois mois, donc en le faisant toujours au même endroit vous êtes sûr de tomber pile poil dans les bonnes dates. Vous pouvez aussi donner plaquettes et plasma, et même de la moelle osseuse. Et pensez aussi à vous signaler en tant que donneur d’organes, ça aussi c’est important !

 

Pour plus de renseignements :

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